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CHRONIQUE : UNE RENCONTRE DANS LE PARC (ÉPISODE 5)

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Je me laissai absorber par le batifolage des insectes volants. J’entendais, par moments, la petite fille qui lisait avec ce ton sérieux et chantant des écoliers, les pages du journal qu’elle avait défroissé.

Tandis qu’un groupe de jeunes garçons couraient dans les flaques d’eau, dispersant les termites, je pus l’entendre lire :

– …une organisation de jeunes milite pour la paix en collectant à travers tout le pays, des pétitions sous le thème suivant : ‘‘Quand la guerre s’arrêtera, nous pourrons…’’
En attendant cette dernière phrase, j’arrachai littéralement la feuille des mains de la fillette. Je parcourus fébrilement les lignes de l’article qui jouaient à cache-cache derrière des taches d’huile.
Qui avait pu lancer une pétition avec un thème pareil, à part Germaine ? Seuls son optimisme et son intelligence avaient pu conduire à mettre en place un projet aussi formidable.
Je devais en avoir le cœur net ! A la fin de l’article, je trouvai l’adresse de l’organisation : je n’avais plus qu’à m’y rendre.

Une demi-heure plus tard, j’étais devant une bâtisse portant, sur tout un pan de son mur, une fresque représentant quatre bras vigoureux tenant un drapeau blanc. C’était bien le local de la ‘‘Bannière blanche’’ un jeu de mot dont Germaine était bien capable. Mais une grande porte recouverte d’autocollants pacifistes en interdisait l’accès. Les mains placées en œillères, je tentais de voir à travers les carreaux quand je sentis deux petites tapes sur mon épaule. Je me retournai pour me retrouver nez-à-nez avec… le sosie d’Angélique Kidjo.

– Elom, quelle surprise, fit-elle ?
– Germaine, c’est bien toi ? … Mais qu’à tu fais à tes cheveux ? (Ce fut tout ce que je réussis à dire).
– Ah ! Mes cheveux bien sûr, fit-elle en se caressant la tête d’un air las. Je les ai rasés. C’est une longue histoire…

Germaine m’apprit que le lendemain de notre dernière rencontre, des journalistes étrangers avaient été amenés chez elle par un voisin. Ils cherchaient une personne qui connaissait bien l’intérieur du pays pour leur servir de guide. Elle s’était proposée et, malgré les protestations de sa famille, était partie d’un déguisement de garçon qui s’était avéré nécessaire à sa propre sécurité. C’est en outre durant ces deux semaines d’aventure au milieu de l’atroce réalité de la guerre, que Germaine s’était découvert une vocation d’ambassadrice de la paix.

Dès son retour, elle m’avait cherché vainement : bien sûr, j’avais déserté le parc après elle…

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