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CHRONIQUE : UNE RENCONTRE DANS LE PARC (ÉPISODE 3)

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Ce jour-là, nous avons bavardé encore un peu jusqu’à ce que ce soit l’heure de nous séparer. Sa silhouette s’est enfoncée lentement dans la nuit… En y pensant, j’aurais dû la suivre !

Qu’était-elle devenue ? Où avait-elle bien pu partir ? Pourquoi ne m’avoir pas prévenu ? Les jours défilaient sous le signe de ces interrogations. Je regrettais de n’avoir jamais insisté pour raccompagner Germaine chez elle.

Je me souviens qu’à chaque fois que je lui en faisais la proposition elle répondait entre deux rires : ‘‘C’est bien plus amusant quand on semble venir de nulle part’’. L’instant d’après je la voyais longer de sa démarche légère l’avenue aux rôniers. Sur le moment, c’était réellement amusant, mais depuis que je l’avais perdue de vue, je trouvais cette idée complètement insensée. Je pensais que Germaine était peut-être malade, qu’elle avait peut-être des problèmes. Je me sentais totalement impuissant et j’avais l’impression que j’allais regretter cela toute ma vie.

 

 

Un jour, je ressentis le besoin d’aller faire une petite promenade dans le parc. Cela faisait un mois que je n’avais plus revu Germaine. L’harmattan tirait à sa fin, quelques brouillards tardifs encombraient la nature. Il avait plu la nuit précédente et il continuait à pleuvioter quand je sortis, excité à l’idée de me promener par ce temps délicatement couvert, rafraîchi par une brise saisonnière chargée d’odeurs aquatiques. Le vent s’en venait par moment et, à chaque bourrasque, les immenses terminalias* qui bordaient les allées du parc déversaient de l’eau sur quelques malheureux passants.

Mais le soleil allait prendre sa revanche. Déjà les fleurs jaunes des orgueils de chine* du parc passaient de la douceur pastel d’une étoffe de soie à l’or éclatant d’un emblème solaire, selon que les nuages voilaient ou dévoilaient l’astre diurne. Les irréductibles vendeuses de beignets avaient déjà installé leurs étals desquels s’élevait une alléchante odeur de friture. Et que pouvais-je contre une telle tentation ?

‘‘Alors Monsieur Elom, m’interpella l’une des vendeuses (une grosse femme au sourire rougi par la kola), ça fait un bout de temps qu’on ne t’a pas vu dans les parages.’’

Devant mon air d’incompréhension, elle continua en riant toujours :

– N’est-ce pas toi qui posais partout des questions à propos de la jeune fille aux beaux cheveux nattés-là ? C’est bien toi. Ca fait des semaines, mais j’ai une très bonne mémoire même si je…
– Vous l’avez revue ? l’interrompis-je plein d’espoir, dites-moi, vous l’avez revue ?
– Je suis désolée, elle n’est pas revenue ; je l’aurais reconnue sinon. Même si elle s’était rasée, comme je le disais, je suis vieille mais j’ai une très bonne mémoire.

Roadside

Réalisant ma déception, la vieille dame décidemment très bavarde, continua :

– Toi, tu dois être amoureux, mon petit garçon… et c’est triste. Ton amie s’est peut-être mariée. Tu sais ! Nos jeunes filles d’aujourd’hui ne pensent qu’à ça…

 

Affaire à suivre !!! (Episode 4, bientôt)

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